L’Agro au Micro avec Carine Kraus
Le podcast de Bessé qui donne la parole aux dirigeants de l’agro-industrie et de l’agriculture sur les enjeux climatiques.
🎙️🌾 L’Agro au Micro | Carrefour face au défi climatique | Épisode #7
Comment concilier transition climatique, pouvoir d’achat et guerre des prix dans la grande distribution ?
Découvrez l’interview de Carine Kraus, Directrice Exécutive Engagement chez Carrefour, dans le 7e et dernier épisode du podcast L’Agro au Micro.
Parmi les points marquants de l’épisode :
- Un rapport de force avec les grands industriels est assumé.
- 98 % des émissions du groupe sont liées aux produits vendus (scope 3) : le vrai levier est donc dans la chaîne de valeur.
- Végétal, réduction des emballages, lutte contre le gaspillage : l’engagement est pensé comme un levier business.
- Liberté du consommateur vs responsabilité environnementale : où placer le curseur ?
Au micro de Joran Chambolle, un épisode passionnant pour toutes les personnes qui s’interrogent sur le rôle concret des enseignes dans la transition.
Découvrez le podcast
Les 10 points clés de cette interview
1. L’engagement climatique devient une condition commerciale
Carrefour impose désormais à ses 100 plus grands fournisseurs mondiaux (Coca-Cola, PepsiCo, Unilever, L’Oréal, etc.) d’adopter une trajectoire climat alignée avec les 1,5°C d’ici 2026. Sans engagement clair et validé, ces industriels pourront être déréférencés.
Il ne s’agit pas d’une posture symbolique mais d’un rapport de force assumé. Deux ans après le lancement de l’initiative, la part des fournisseurs alignés est passée de 22 % à 64 %, avec un objectif proche de 100 % en 2026.
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2. L’engagement au cœur du business
Chez Carrefour, l’engagement environnemental et social est intégré au modèle économique. Pour Carine Kraus, ces sujets sont :
- Un facteur de différenciation client
- Un levier d’attractivité pour les talents
- Un signal fort pour les investisseurs
L’idée est claire : si l’engagement est périphérique, il disparaît en période de crise. S’il est intégré au business, il devient stratégique.
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3. 98 % des émissions de Carrefour sont dans le scope 3
Le groupe réalise un bilan carbone annuel détaillé.
Constat majeur : 98 % des émissions proviennent des produits vendus, c’est-à-dire du scope 3 (fabrication, matières premières, transport en amont).
Carrefour vise une réduction de 32 % de ses émissions d’ici 2030 (vs 2019), dont :
- 6 % proviendront directement de l’alignement climatique des grands fournisseurs
Le reste repose sur les emballages, le transport, l’agriculture régénératrice, le végétal, la réduction du gaspillage…
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4. Le végétal : à la fois levier climat et opportunité commerciale
Un ménage sur deux compte aujourd’hui au moins un flexitarien.
Carrefour développe fortement les alternatives végétales, à la fois pour répondre à une tendance de consommation et pour réduire l’empreinte carbone.
La stratégie est double :
- Répondre aux attentes d’une nouvelle clientèle
- Contribuer à la réduction des émissions (les protéines végétales étant moins émettrices)
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5. L’adaptation au changement climatique est devenue prioritaire
Carrefour ne raisonne plus uniquement en réduction des émissions, mais aussi en adaptation :
- Vulnérabilité des magasins face aux inondations
- Tensions sur certaines matières premières (exemple : hausse du prix du chocolat liée aux mauvaises récoltes)
- Risques sur le vin, le riz, la tomate…
Le changement climatique modifie déjà les chaînes d’approvisionnement.
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6. Réduction du gaspillage : écologie et rentabilité vont ensemble
Le gaspillage alimentaire est le 3ᵉ émetteur mondial de CO₂ s’il était un pays.
En magasin, mieux gérer les invendus est :
- Un gain environnemental
- Un gain financier
L’exemple du partenariat avec Too Good To Go illustre cette logique “win-win” : attirer une nouvelle clientèle tout en réduisant les pertes.
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7. Liberté du consommateur : le curseur stratégique
Carrefour refuse d’imposer des interdictions de produits pour des raisons climatiques.
Le principe : garantir le libre choix.
En revanche, le groupe :
- Oriente l’offre
- Développe le vrac
- Réduit certaines références importées
- Met davantage en avant l’origine française
L’exemple des tomates marocaines illustre cette approche : réduction du nombre de références importées, mais maintien d’une option pour préserver le pouvoir d’achat.
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8. Prix bas et transition écologique ne sont pas incompatibles
Dans un contexte de guerre des prix, Carine Kraus estime que la transition alimentaire est devenue une norme concurrentielle.
Depuis 2018, Carrefour a positionné la “transition alimentaire pour tous” comme axe stratégique. Aujourd’hui, la plupart des enseignes ont intégré ces enjeux (affichage carbone, produits végétaux, durabilité).
Le message : le consommateur veut à la fois des prix bas et des produits plus durables.
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9. Traitement différencié entre multinationales et PME
Le rapport de force est réservé aux grands groupes internationaux.
Pour les PME et petits producteurs :
- Carrefour finance des accompagnements climat (partenariat ADEME)
- Soutient des modèles à impact (“C’est qui le patron ?”)
- S’engage sur des contrats pluriannuels (exemple : 50 000 producteurs de lait avec visibilité sur trois ans)
La transition est donc modulée selon la capacité financière des partenaires.
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10. Une vision mondiale mais adaptée aux réalités locales
Présent dans plus de 30 pays, Carrefour observe des priorités différentes :
- En France : forte sensibilité au bio
- Au Brésil : forte sensibilité à la déforestation
- Différences d’énergie, de réglementation, de maturité des consommateurs
Les bonnes pratiques circulent entre pays (exemple : les “heures silencieuses” pour les personnes autistes, nées en Argentine et déployées à l’international).
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En conclusion :
L’interview révèle une ligne stratégique claire :
- L’engagement climat est devenu un levier de transformation commerciale.
- Le scope 3 est le véritable champ de bataille.
- Le rapport de force avec les grands industriels est assumé.
- La liberté du consommateur reste une limite structurante.
- La transition doit être compatible avec le pouvoir d’achat.
Carine Kraus défend une approche pragmatique : ne pas opposer fin du monde et fin du mois, mais chercher les points de convergence économiques et environnementaux.




















