Risques climatiques, territoires exposés: Repenser l’assurance pour s’adapter
Face à l’intensification des risques climatiques, l’assurance ne peut plus se résumer à indemniser les sinistres. Elle devient un élément stratégique de la gestion et de la valorisation des actifs immobiliers. Anticiper, adapter, assurer : les acteurs de l’immobilier doivent désormais intégrer le risque dans leurs décisions d’investissement.

Cette Parole d’expert s’appuie sur l’intervention de Joran Chambolle, lors de l’événement Édifice CINA, organisé le 2 juillet 2026 à La Baule.
À cette occasion, il a partagé notre réflexion sur l’évolution des risques climatiques et leurs conséquences pour les acteurs de l’immobilier, en mettant notamment en lumière un enjeu appelé à prendre une importance croissante : l’assurabilité des actifs et son impact sur leur valeur.
Repenser notre rapport au risque
Pendant plusieurs décennies, nos sociétés ont progressivement réduit la place du risque dans nos vies. Propriété sécurisée, épargne garantie, assurance maladie, assurance chômage… « On a fait en sorte que le risque n’existe quasiment plus », explique Joran.
Mais le changement climatique, la raréfaction des ressources et les tensions géopolitiques rebattent les cartes. Les événements extrêmes deviennent plus fréquents et plus intenses, tandis que certains territoires et certains actifs deviennent plus difficiles à protéger.
Dans ce nouveau contexte, la première étape consiste à identifier les risques qui pèsent réellement sur les actifs et les activités. Une démarche encore trop peu intégrée aux décisions d’investissement selon l’expert.
L’assurabilité, un nouvel indicateur de la valeur d’un bien
L’assurance ne doit plus être considérée comme une simple charge. Elle participe directement à la préservation de la valeur d’un actif.
Un bien non assurable, ou dont l’assurance devient extrêmement coûteuse, peut perdre une partie significative de son attractivité et de sa valeur. Le risque climatique devient ainsi progressivement un élément à intégrer dans les décisions immobilières, au même titre que l’emplacement, la qualité du bien ou sa rentabilité locative.
Cette évolution est particulièrement importante pour les acteurs de l’immobilier : un investissement peut présenter une excellente rentabilité à court terme tout en étant fortement exposé à un risque climatique à moyen ou long terme.
Le principal défi réside justement dans cet écart de temporalité. Les stratégies d’investissement sont souvent pensées sur quelques années, alors que les conséquences du changement climatique s’inscrivent dans plusieurs décennies.
2050, c’est très loin d’un business plan.
L’enjeu est donc de ne plus attendre que le risque se matérialise pour agir.
Identifier, réduire, transférer : une nouvelle approche de l’assurance
Face à cette transformation, nous devons revenir aux fondamentaux de la gestion des risques.
Identifier
Cartographier les risques auxquels sont exposés les actifs : chaleur, sécheresse, inondation, submersion marine, retrait du trait de côte… mais aussi les conséquences indirectes de ces phénomènes.
Réduire
Une fois les risques identifiés, mettre en place des mesures de prévention et d’adaptation : végétalisation, isolation, gestion de l’eau, adaptation des bâtiments, dispositifs de protection…
Transférer
L’assurance intervient ensuite pour prendre en charge la part résiduelle du risque qui ne peut pas être supprimée.
Cette approche conduit à faire évoluer profondément le rôle de l’assurance. Il ne s’agit plus uniquement de réparer les conséquences d’un sinistre, mais d’accompagner les entreprises dans leur capacité à anticiper et à s’adapter.
Vers une assurance plus innovante
Cette transformation fait également évoluer les solutions assurantielles.
Parmi les dispositifs qui se développent, l’assurance paramétrique constitue une réponse particulièrement intéressante.
Son principe : plutôt que d’indemniser uniquement les conséquences d’un dommage matériel, le contrat repose sur un paramètre prédéfini. Lorsque celui-ci atteint un certain seuil, l’indemnisation est automatiquement déclenchée.
Cette approche permet notamment de répondre à un enjeu croissant : la perte d’exploitation sans dommage matériel.
Une entreprise peut en effet subir une perte importante sans que ses bâtiments ou ses équipements soient directement endommagés. Une restriction d’accès à l’eau, une température extrême ou une interruption d’activité liée à un événement climatique peuvent suffire à perturber fortement son activité.
Pour les grandes entreprises, les captives d’assurance et de réassurance constituent également une piste pour conserver et piloter une partie de leurs propres risques, tout en donnant une valeur financière plus précise au risque supporté par chaque entité.
L’assurance de demain sera-t-elle encore la même ?
Pour nous, il ne s’agit pas de la fin de l’assurance, mais bien de la fin d’un certain modèle assurantiel.
L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des sinistres, combinée à la hausse du coût des réparations et à l’exposition croissante de certains territoires, oblige l’ensemble de l’écosystème à repenser son fonctionnement.
L’objectif n’est donc plus uniquement de savoir combien coûtera l’assurance demain, mais de se demander comment rendre les actifs et les activités plus résilients pour qu’ils restent assurables.
La résilience climatique et l’assurabilité deviennent un facteur de la valeur immobilière, au même titre que l’emplacement, la qualité locative, la quiétude de votre quartier…
Une conviction : mieux vaut piloter que subir
Le changement climatique constitue un défi majeur pour l’assurance et l’immobilier. Mais il représente également une opportunité pour les acteurs capables d’anticiper.
La question n’est donc plus de savoir si les risques vont évoluer, mais comment s’y préparer dès aujourd’hui.
Pour les acteurs de l’immobilier, cela implique de faire du risque un véritable outil d’aide à la décision : arbitrer les investissements, adapter les actifs conservés et intégrer leur assurabilité dans leur valorisation.
Identifier. Réduire. Transférer.
Trois étapes qui pourraient bien devenir les nouveaux réflexes de la gestion des risques immobiliers.




















